Après la longue et riche histoire du Bassin de Marennes, nous commencerons par la plus petite commune, en taille (avec Bourcefranc) et en population, mais non la moindre par son patrimoine et ses activités : Saint-Sornin.
Superficie de la commune : 1328 ha
Villages et hameaux : Saint-Nadeau, Le Talus, Thoriat, Bien Assis
Domaines et lieux-dits : Broue, La Mauvinière, Château-Gaillard, Bellevue, La Prée, Leuze.
Population : 335 habitants
Origine du nom : Saint-Saturnin, évangélisateur et 1er évêque de Toulouse, périt en martyr traîné par des taureaux (vers 250). Saint Sornin est une déformation du nom, ainsi que St Sernin, St Sorlin.
1882 : 1491 habitants, superficie de la commune : 3500 ha.
1902 : constitution de la commune indépendante de Nieulle-sur-Seudre, Saint-Sornin perd près des deux tiers de sa superficie, et une bonne part de ses habitants.
GRANDEUR ET DECADENCE DE SAINT-SORNIN
L'histoire glorieuse de Saint-Sornin, siège du prieuré le plus important des possessions de l'Abbaye aux Dames en Terre de Marennes (journal CDC n° 9) s'étrangle en 1403, quand des troupes anglaises détruisent le clocher de l'église, et le chœur du même coup : la prieure transporte sa Cour au prieuré de Saint-Pierre de Salles (Marennes). Le relèvement du chœur et du clocher au XV° siècle semble bien modeste en regard des grandioses reconstructions des églises de Marennes et de Saint-Just.
Lorsqu'en 1568, le pays s'embrase aux côtés des Princes Protestants, le sanglant combat du " Pas de Saint-Sornin ", laisse la nef en ruine : les réparations sont sommaires : le portail élevé au XVII° ne fait que " refermer une plaie ", laissant apparaître la cicatrice d'une travée détruite. En revanche, le décor et le mobilier intérieurs sont soignés : il en va de la reconquête du culte catholique.
Devant la dégradation de l'activité saunière au fond d'un golfe envasé, il reste à Saint-Sornin la mise en valeur de ses terres hautes. Au XVIII° siècle, la prospérité revient avec la production céréalière et vinicole. De grands domaines se développent à La Prée, Bellevue, Château-Gaillard, Saint-Nadeau, mais aussi sur le territoire de Nieulle (Petit et Grand Nieulle, Toucheronde). La distillation et la production d'eaux-de-vie dénommées " Cognac " apportent à la bourgeoisie terrienne une véritable opulence. D'élégantes maisons en pierre, des fermes cossues s'élèvent un peu partout sur la commune.
Au XIX° siècle, Saint-Saturnin est l'unique paroisse de tout le territoire de Saint-Sornin-Nieulle. La création de la paroisse de Nieulle en 1861 prive l'église Saint-Saturnin de revenus importants. Du coup, les rapports entre les deux villages se tendent jusqu'à devenir impossibles. Les registres communaux rapportent nombre de faits " grand-guignolesques ", tels le refus de la commune de Nieulle de partager les frais de la pose d'une boîte aux lettres à la gare commune de Saint-Sornin-Nieulle. La séparation en deux communes distinctes est effective en 1902.
L'EGLISE SAINT-SATURNIN
L'église Saint-Saturnin est le fruit des richesses et des drames que le village a connus.
L'église du XI° siècle, donnée par Geoffroy Martel, duc d'Anjou à l'abbaye aux Dames, est reconstruite au XII° siècle, avec un riche décor sculpté. Malgré les malheurs, il reste de cette église une travée de la nef ainsi que le transept, avec de très beaux chapiteaux aux décors de palmettes, de lutteurs et de lions affrontés, ainsi qu'une superbe coupole octogonale sur trompes, d'un effet décoratif très original.
La dégradation des finances communales aux XIX° et XX° siècles n'a permis de faire que des réparations de fortune. En 1977, monsieur Eric Chabrerie est élu maire. La même année, l'association " Les Amis de Saint-Sornin " est fondée : son objectif : sauver l'église. Grâce à un très généreux mécénat suscité par le maire, la restauration commence, et se poursuit pendant 10 ans, soutenue par madame Chabrerie. La mise en lumière de l'église marque l'apothéose du chantier ; l'association est aujourd'hui dissoute.
La restauration permet d'heureuses découvertes :
- le sol de la nef, comblé au cours de périodes précédentes, est recreusé d'1 m 30 et retrouve son niveau d'origine et ses proportions : les bases des piliers sont dégagées ;
- dans le chœur, des fresques Renaissance du début du XVII° sont mises à jour ; très abîmées, elles sont également restaurées ;
- des carreaux de terre cuite vernissée médiévaux sont également trouvés, et remployés dans le pavage du chœur.
Le mobilier est confié en 1988 à des artistes contemporains de renom :
- l'autel en bois doré de Dominique Kaeppelin, représente la Sainte Trinité
- les vitraux du maître-verrier Louis-René Petit, conçus dans des tons orangés en harmonie avec ceux des fresques.
Du prieuré lui-même, ne subsiste presque rien : une partie du porche surmonté de merlons du début du XVII° siècle. Un portail en accolade du XIV° ou XV° siècle, aurait été transporté à l'hôtel du Moulin de Châlons, à Le Gua dans les années 1970.
Du côté Nord de l'église, se trouvaient des halles en bois, où se tint le marché autrefois.
BROUE, SENTINELLE DU MARAIS
Le donjon de Broue mesurait encore 25 m en 1866. Il mesure aujourd'hui 20 mètres.
Il doit sa sauvegarde à l'aide apportée par l'association des Amis de Saint-Sornin et le Conseil Général pour la consolidation des pans de murs restants de 1993 à 1997. La mise en lumière est effectuée en 1993.
Le donjon de Broue témoigne de l'ancienneté et de l'importance de l'activité saunière dans le golfe de Brouage dès le Haut Moyen-Age (rappel : l'église de Broue fait partie des donations à l'abbaye aux Dames au XI° siècle). Dominant le golfe de Brouage de 27 m (point culminant du bassin) il est le vestige d'un château fort construit au XII° siècle sur une motte artificielle protégée d'un fossé. De l'enceinte de 7 m de haut, subsistent ses bases, munies de tours carrées.
Les murs du donjon, d'une épaisseur de 2 m 75, sont raidis de contreforts plats, comme à celui de Pons, tous deux de la même époque. Le rez-de-chaussée, aveugle, servait d'entrepôt d'armes et de vivres. A l'étage, la vaste cheminée à colonnettes et les grandes baies cintrées sont les seules marques du confortable logis seigneurial.
Le village de Broue est alors d'une certaine importance. Au hameau du Talus, on extrait de l'argile et on fabrique des carreaux de terres cuites. Des détails d'ornements gothiques sont visibles sur des maisons. Il reste encore d'anciens fours à creuset et à briques.
L'ensemble passe entre les mains des puissants barons de Pons en 1372, qui n'y résident pas.
Dès le XVI° siècle, étant donné l'envasement du fond du golfe, la vieille sentinelle du marais ne présente plus grand intérêt : elle est abandonnée définitivement après la fondation de Brouage par Jacques de Pons (1555). Le village se dépeuple. Il ne reste rien aujourd'hui de l'église St Pierre - St Eutrope de Broue.
LE DOMAINE DE LA MAUVINIERE
L'origine du nom est incertaine : peut-être " la mauvaise vigne " ?
Le domaine, dont l'existence est attestée au XVI° siècle, est anobli au début du XVII° siècle, et reconstruit un peu plus tard. La date de construction de 1676 apparaît au dessus du porche, avec un rébus " AN LARMES, IE CONSIDERE LE MONDE CHRETIEN ". Le domaine comprend un pigeonnier en pierre de taille, aujourd'hui en ruine.
Les 250 hectares de la propriété sont vendus à la Révolution en 3 lots. Mal entretenu par les trop nombreux propriétaires successifs qui exploitent les terres, le domaine subit des modifications nombreuses. Le domaine, de plan carré et à cour fermée comme il est fréquent en Saintonge, conserve un pan du logis du XVII° avec une grande cheminée blasonnée, ainsi qu'une belle fontaine couverte d'un dôme galbé, dit " à l'impériale ", de la même époque (Inscrits au Monuments Historiques).
CADEUIL : ETANGS ET TERRES CUITES
Cadeuil se trouve à l'intersection de deux voies fort anciennes, l'une menant de Royan (importante place forte au Moyen Age, point de passage obligé vers Bordeaux) à Oléron, et l'autre de La Rochelle à Saintes. Aux angles du carrefour, auberges et relais de chevaux attestent de l'importance du trafic : ce sont aujourd'hui encore des restaurants.
De Broue à Cadeuil, les terrains sont composés de couches de sables et d'argiles presqu'entièrement boisés. L'argile est extraite depuis l'époque romaine pour la fabrication de tuiles et terres cuites.
L'entreprise Mercier, fondée en 1820, continue l'exploitation dans deux carrières, de part et d'autre du CD 733.
Les argiles sont extraites vers Septembre - Octobre, époque des basses eaux. Les méthodes de préparation sont multiséculaires, même si les étapes sont aujourd'hui mécanisées : l'argile est séchée et mise à " mûrir " à l'air libre pendant 1 à 2 ans, puis émiettée, humidifiée, malaxée, écrasée : elle devient une bande de pâte rosée, découpée à l'emporte-pièce. Les formes sont restées très traditionnelles, comme l'atteste un carreau signé et daté de 1819.
Après séchage, les fragiles carreaux sont transportés par chariots mobiles vers le four " à porcelaine " pour une cuisson à 1280° pendant 55 heures, puis laissés à refroidir pendant encore une semaine. L'oxyde de fer contenu dans l'argile lui donne des teintes roses très variées, allant du crème aux tons bruns, et de petites taches noires après cuisson.
L'entreprise Mercier reçoit de nombreuses commandes publiques et privées pour la restauration de monuments historiques par exemple.
LES CARRIERES DE SAINT-SORNIN
La " Carrière de l'Enfer " : La pénibilité du métier de carrier lui a peut-être valu ce nom. Exploitée depuis l'époque gallo-romaine, le long d'une voie fort ancienne, la carrière était alors souterraine. Elle a contribué à la construction de Brouage. Exploitée en champignonnière dans les années 1930, elle sert aujourd'hui de gîte à de nombreuses espèces protégées de chauves-souris. Une partie sert de centre de tir aux " Arquebusiers des Isles de Marennes ".
" La carrière de Saint-Sornin " située un peu au sud, au lieu-dit " Gratte-chat ", autrefois exploitée par Bertin, puis Petitgas, est exploitée depuis 2001 par le groupe " Carrières d'Excideuil " : c'est une carrière à ciel ouvert. La production est de 190 000 tonnes par an. Les matériaux calcaires sont vendus comme remblais routiers.
La carrière compte 20 mètres de gisement calcaire crétacé, dont 8 mètres dans la nappe phréatique : l'eau est pompée 24 h/ 24, avec un débit de 130 m3/heure, et est rejetée dans les fossés du CD 728, dans le marais doux. Après forage et minage à l'explosif 3 ou 4 fois par mois (on ne sent que quelques vibrations), l'extraction se fait à la pelle mécanique.
Il n'y a que 4 employés à l'extraction et au transport : la station de concassage et de criblage est entièrement automatique.
La carrière est en cours d'agrandissement, pour 15 nouvelles années d'exploitation, avec un plan de remise en état du site, qui deviendra un lac.
IL FAIT BON VIVRE À SAINT-SORNIN
Le calme et le charme du village, avec ses bois, étangs et marais sont devenus un atout touristique. Les belles maisons vigneronnes en pierres apparentes séduisent les vacanciers, et certains Saint-Sorninois se sont lancés dans l'aventure du " tourisme vert " : Saint-Sornin compte 3 gîtes, 2 meublés et 21 chambres d'hôtes ainsi que 2 campings ** ouverts du 1er avril au 30 septembre.
Les antiques carrières de Cadeuil ont, depuis 1976, laissé la place à 3 étangs de pêche, alevinés en gardons, sandre, brochet, truite et carpe. Puis s'est ajoutée l'activité du camping des Etangs Mina, classé 2 * : 87 emplacements au milieu des bois de feuillus de la forêt de Cadeuil. La baignade étant interdite dans ces étangs, à cause de leur profondeur (14 m) et des courants des sources (cas de noyades), une piscine a été ajoutée.
A proximité, le camping " Le Valérick " , compte 50 emplacements spacieux ; il a été aménagé en 1987 au creux de l'épaule de la presqu'île de Broue. Il tire partie d'un environnement boisé, calme et reposant.
Si Saint-Sornin a du mal à garder ses commerces (un café pittoresque et une boulangerie), la commune est pourtant très active : elle compte 3 PME, 12 entreprises artisanales, et 8 exploitations agricoles.
L'école résonne toujours des cris des enfants : grâce à un regroupement intercommunal avec Nieulle et La Gripperie, elle compte deux classes mixtes du CE2 au CM2, et 36 enfants.