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Nieulle

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Nieulle sur Seudre

 

NIEULLE-SUR-SEUDRE, Un petit bout de paradis!
Par Claudine Mémin

Superficie : 2075 ha dont les 2/3 de marais, délimités par les chenaux de Recoulaine, de Pélard, de Bugée et de Garenton
Population 710 habitants
Villages : Grand Nieulle et Petit Nieulle
Lieux-dits: La Catheline, Chez Paillé, La Touche, la Massellerie, Montauban, Bel Air, Moulin du Quarty, Tourtelot
Domaines : Toucheronde, Feusse


Le territoire de Nieulle sur Seudre est composé pour l'essentiel de marais salés donnant sur la Seudre : la plus grande superficie avec Saint Just-Luzac. Les habitations se concentrent sur ce qui constitua une petite île dans l'ancien golfe de Seudre. Il en résulte un certain esprit de famille.

DES ORIGINES AGRICOLES

Le destin de Nieulle a longtemps été lié à celui de Saint Sornin. Deux kilomètres d'un mauvais chemin pour se rendre à l'église, et le désir de se libérer de ce qui paraissait être alors une tutelle. Il aura fallu une singulière opiniâtreté aux Nieullais pour obtenir, en 1902, la séparation des deux territoires.
L'étymologie de Nieulle est la " Neuve-Ville ". Nieulle fut créée au cours du 12ème siècle par le riche prieuré de Saint Sornin : une porte sur la Seudre et un centre important de production et de transport de sel et de vin. Nombre d'actes anciens mentionnent la création de moulins de mer sur le chenal de Pélard, ainsi que d'élevages de seiches pour la chair et pour l'encre.
Petit centre maritime sur la Seudre, on y construisit aussi des bateaux, on y fabriqua des cordages. Nieulle fut longtemps le poumon économique de Saint Sornin.

Les deux bourgs distincts de Petit Nieulle et de Grand-Nieulle se sont formés à partir de deux fiefs nobles : le logis de Feusse (Petit-Nieulle), qui conserve une porte sculptée du 15ème siècle, et celui de Toucheronde (Grand Nieulle), du 18ème  siècle, lové dans un joli cadre de verdure.
Etant donné leur fonction ancestrale, ces deux villages ont gardé une physionomie agricole typique de la Saintonge Maritime : maisons regroupées et construites en éventail autour d'une cour, dite " querreux ", comprenant dépendances, puits et timbres. Les ouvertures correspondent à leur fonction : vastes portes de chais vinicoles, hautes fenêtres à foin, portes basses d'habitation…

De 507 habitants en 1990, la commune est passée à 710 en 2004, bientôt à 1 000 habitants, soit la plus forte augmentation de tout le canton.
Cette progression va de pair avec les activités agricoles (élevage), ostréicoles et artisanales, en pleine expansion. Port Paradis, le bien nommé tant le site a de charme, est l'emblème d'une ostréiculture nieullaise en fait très dispersée.

LA CONQUETE DE L'AUTONOMIE DE NIEULLE, EN 3 ACTES

Acte 1 - 1836 : construction du temple

Au 17ème siècle, la communauté protestante s'était regroupée à Nieulle-sur-Seudre, à l'abri des marais tout proches, à l'écart de la catholique Saint Sornin. Ils fréquentaient le temple de Saint Just, ou celui de Souhe-du-Gua. A l'approche de la Révocation de l'Edit de Nantes, les évasions protestantes vers l'Angleterre et la Hollande étaient fréquentes, les nuits sans lune, par les lacis des petits chenaux menant vers les bateaux de la liberté. Pour les empêcher, l'Intendant Arnoul installa un corps de garde armé et créa une école où le catéchisme était obligatoire : rien n'y fit. La communauté parvint même à accueillir un colloque des Eglises Protestantes de la Côte de Royan en 1755.
En 1836 finalement, un temple est construit au Petit Nieulle grâce aux dons des protestants, en particulier de la riche famille Garesché. C'est le plus soigné des temples du canton, après celui de Marennes.

Acte 2 - 1847 : édification de la première église

Celle-ci est construite par la communauté catholique à Grand-Nieulle, à ses frais, et malgré l'opposition de la Fabrique de l'église de Saint Sornin, qui redoutait de voir diminuer ses revenus. Le curé avait accepté d'assurer les deux services religieux, mais il dut renoncer, sous la pression.
En 1854, les Nieullais obtiennent enfin la création d'une paroisse indépendante, et reconstruisent une église plus robuste. Celle-ci est consacrée à Sainte Marie de l'Immaculée Conception, dont le pape vient de proclamer le dogme. Le curé Savary, nommé en 1861, en est le véritable artisan, dans toute l'acception du terme : il la fait voûter, daller de pierre ; il fait construire le clocher ; il la fait aussi meubler d'une cuve baptismale en pierre, coiffée d'un rare couvercle en étain cannelé, d'un grand maître-autel à baldaquin de style baroque. Il ajoute deux grandes coquilles d'huîtres tropicales pour servir de bénitier.
Plus tard, l'abbé Patour, menuisier d'origine, construit de ses mains une tribune et une clôture de chœur avec une balustrade en bois tourné.

Acte 3 - 1902 : la mairie

Les protestants avaient à cœur l'instruction des enfants pour la lecture des psaumes. La première école de Nieulle-sur-Seudre est établie dès 1792 dans un bâtiment donné par Pierre-Isaac Garesché, avec un logement pour l'instituteur (partie droite de l'actuelle mairie). Elle reçoit aussi des garçons du bourg de Saint Sornin, où il n'y a pas d'école.
La première demande de séparation de Nieulle-sur-Seudre de Saint Sornin date de 1897 : elle est finalement accordée en 1902.
La mairie prend la place de l'école, laquelle est reconstruite : l'école des filles derrière celle des garçons, avec chacune un préau. Peu après, la mairie s'agrandit d'une aile et d'une tour en pierre de taille : avec sa tour à pans coupés et sa haute toiture d'ardoises, la mairie se donne des allures de manoir renaissance.
La salle du Conseil est un vrai petit musée : elle contient une rare série de portraits des 21 présidents de la République depuis 1871 à nos jours, ainsi qu'une collection d'ouvrages parmi lesquels les registres paroissiaux catholiques rassemblant mariages, baptêmes et décès depuis 1640, classés et reliés en 1887. Il y a même un volume consacré aux baptêmes et  mariages enregistrés au temple de Souhe entre 1752 et 1792.

Actuellement, l'école comprend 2 classes d'enfants de Grande Section jusqu'au CE2, issues d'un partage des écoles (RPI) avec La Gripperie (2 classes maternelle et CE2) et Saint Sornin (1 classe CM1 CM2).

LA FETE, TOUS ENSEMBLE

Nieulle en fête  est une véritable institution locale, le grand rendez-vous de tous les Nieullais au 14 Juillet. Son succès dépasse très largement la commune. Le maire, les élus, les membres des six associations travaillent en commun à sa préparation. Toute la population concourt à sa réussite. Nieulle reçoit ce jour-là de 3 à 4 000 visiteurs, pour le défilé des chars décorés, la gigantesque brocante, et les nombreuses animations proposées.
Pour toutes les autres occasions, une salle des fêtes de 540 m² a ouvert ses portes en 2002 à Grand Nieulle, avec un parc boisé  qui la relie au square et au reste du village et au tout nouveau petit centre commercial.

LES GLOIRES DE NIEULLE

Le 18ème siècle a favorisé l'émergence d'une bourgeoisie terrienne et d'hommes neufs.

La famille Garesché

Depuis le 17ème siècle, on trouve des Garesché à Nieulle. Au début du 18ème siècle, Isaac Garesché possède plusieurs grands domaines agricoles. Il est aussi négociant en sucre,  produit dans ses trois plantations de Saint Domingue, et en fourrure du Canada. Il arme et construit des bateaux derrière son logis, au lieu-dit " Les Rochettes ".
Richissime, il fait construire en 1747 le très bel hôtel particulier sur cour et jardin situé en face de la mairie. Les deux portes d'entrée sur cour et jardin sont à frontons moulurés, décorés de canon, ancres et feuillages, symbolisant ses activités.
Ses quatre fils exploitent à leur tour les plantations de canne à sucre à Saint Domingue : Daniel devient maire de la Rochelle ; Jean émigre aux Etats-Unis et y fait souche ; Pierre revient à Nieulle et exploite son domaine de La Prée, dont il lègue plus tard les revenus aux pauvres. Quant à Pierre-Isaac, revenu à Nieulle, il s'enflamme pour la Révolution : rédacteur du Cahier de Doléances de la paroisse de Saint Sornin, il est élu député du Tiers-Etat à l'Assemblée Constituante, et devient un membre influent de plusieurs de ses commissions.

François de Chasseloup-Laubat

François de Chasseloup-Laubat naît à Toucheronde en 1754. Après de brillantes études militaires, il participe à toutes les grandes batailles de la Révolution et de l'Empire. Il devient général en 1797 : Castiglione, Rivoli, Arcole, Dantzig, Eylau… Il cumule des honneurs : Napoléon le fait comte d'Empire, Louis XVIII le fait Pair de France, puis marquis pour le remercier de sa fidélité.
Entre-temps, il a épousé la fille de François Fresneau de la Gâtaudière, et préfère finalement le grand et beau château de son beau-père à sa modeste maison familiale : il vend Toucheronde.

Pierre Vien

Pierre Vien est d'une famille nieullaise plus que modeste. En 1792, il a 17 ans, il est grand, ne sait ni lire ni écrire, et s'engage dans l'armée comme simple homme de troupe. Lui aussi fait toutes les campagnes de la Révolution et de l'Empire, et y gagne des honneurs et des galons. Il est blessé 17 fois ; il quitte l'armée à la chute de l'Empire avec le titre de commandant. Il s'établit alors, et se marie à Saint Jean d'angély. Sa plus grande gloire posthume : son nom figure sur la colonne Vendôme à Paris.


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