Sur 3 135 hectares de territoire, la commune de Hiers-Brouage compte 2 900 hectares de marais. Toute son histoire découle de cet environnement exceptionnel mais fragile. Hiers et Brouage sont deux villages très dissemblables, mais forment un couple lié par les souvenirs d’une gloire passée
Hiers, naguère aux portes de l’océan
Hiers est le nom d’un ancien archipel comprenant les îlots de la Guilletterie, Hiers, Montboileau, Fremailloux et Erablais. Quelques arpents de hautes terres entourées de vases brunes et des eaux vertes des grands chenaux de Brouage et de Mérignac.
En raison de sa situation très exposée, l’archipel est peu peuplé lors de la fondation de l’abbaye aux Dames (1047). Mais son point culminant de 26 mètres est un avantage pour contrôler la navigation. Aussi un château est-il construit, ainsi qu’un prieuré : ils relèvent de la seigneurie de Broue.
Les moines exploitent des salines avec les villageois. Pour leur sécurité, le château et l’église Saint Hilaire devenue paroissiale sont reliés par une galerie voûtée, dont il reste un angle de mur. Il ne reste rien du château, mais des vestiges du prieuré sont visibles dans une cour, à l’angle de la mairie de Hiers.
Brouage la glorieuse
Brouage est fondé en 1555 sur des bombements de galets de lest et de vases par son seigneur Jacques de Pons. Celui-ci tente de l’appeler « Jacopolis », mais le nom de « Brouage » est déjà trop répandu et s’impose.
A cette époque, le golfe de Saintonge est l’un des premiers centres exportateurs de sel en Europe. Mais sauf La Rochelle, les seules places marchandes sont les villages du pourtour du golfe. Broue est inaccessible : il manque un grand centre de négoce avec les pays du Nord.
Créée sans intention militaire, Brouage devient pourtant une place stratégique de première importance dès le début des guerres de religion. La place est assiégée maintes fois, ses fortifications reprises par de grands ingénieurs.
Aux yeux de l’autorité royale, Brouage est de trop grande importance, elle ne doit plus tomber aux mains des Protestants: En 1578, le roi Henri III en fait une « Ville Royale », concrètement un coffre-fort du pouvoir central.
Richelieu fait en plus de Brouage un centre d’armement et de vivres pour la
Marine. L’activité portuaire n’a d‘égal que celle du négoce : on y trouve de tout, on y parle de nombreuses langues étrangères, c’est un des ports les plus actifs de l’Atlantique.
Hiers l’industrieuse
Le petit bourg de Hiers reste modeste jusqu’à la fondation de Brouage.
C’est alors que le destin s’emballe. Les besoins de la cité fortifiée sont immenses : des charpentiers, des maçons, des armuriers, tous les corps de métiers de la construction et de la fourniture à la Marine s’installent à Hiers ; leurs boutiques portent des enseignes sculptées de grande qualité, visibles encore ça et là.
Cette période prospère dure le temps de celle de Brouage. La fondation de Rochefort sonne le glas de Hiers autant que de Brouage, qui perdent leurs ouvriers et leur activité trépidante.
Aujourd’hui, le calme de Hiers séduit par sa situation aux portes de Marennes mais à l’abri des tumultes, avec des échappées superbes sur la citadelle et les pertuis. Le village s’agrandit et s’anime avec sa nouvelle boulangerie.