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Christian Bavoux

Natif d'Oléron, j'ai la chance de pouvoir conjuguer mon métier et ma passion au Pôle-Nature du Marais aux Oiseaux où découverte et sauvegarde sont étroitement liées. J'y ai toujours plaisir à partager mes modestes connaissances, axées principalement sur les vertébrés terrestres du Pays Marennes-Oléron avec, avouons-le, une petite faiblesse pour les rapaces qu'ils soient diurnes ou nocturnes…

Les photos sont de C. Bavoux, excepté celles du préambule (© V. Remaud), de l'Écureuil roux (D. Avondes) et de la Huppe fasciée Upupa epops (© M. Mifsud).

Écureuil, y es-tu ?

Le 30/05/2017 à 12:11
Muni d'une longue queue qui lui fait office à la fois de parachute et de balancier, L'Écureuil roux Sciurus vulgaris a, comme l'indique son nom, un pelage généralement roux, sauf le ventre, le dessous du cou et l'intérieur des pattes qui sont blancs. À noter que des individus peuvent être gris, voire noirs. Il n'y a pas de dimorphisme sexuel. Ce rongeur diurne, qui pèse entre 200 et 400 g, est actif toute l'année (il n'hiberne pas).

En Europe, l'Écureuil roux est présent des îles britanniques au détroit de Béring. En France, il est absent de la Corse. Il n'est pas très abondant dans le Pays Marennes-Oléron. En 1940, Henri Heim de Balzac le mentionne à Oléron dans son "Peuplement d'îles atlantiques françaises" (comptes-rendus de l'Académie des sciences), en précisant toutefois qu'il a peut-être été importé. Considéré un temps comme disparu d'Oléron – au moins à partir des années 1960 jusqu'en 1982 –, l'Écureuil roux y a été retrouvé en 1985, en forêt domaniale de Saint-Trojan-les-Bains. Ces 20 dernières années, 74 données de présence de l'espèce ont été collectées par le réseau d'observateurs du Pôle-Nature du Marais aux Oiseaux. Ces données révèlent une présence très ponctuelle de l'espèce sur 6 des 8 communes oléronaises, présence trahie dans 51 cas par la découverte de cônes décortiqués de Pins maritimes Pinus pinaster, dans 22 cas par l'observation directe d'individus, et dans un seul cas, par la découverte d'un nid.
 
Pas d'arbres, pas d'écureuils ! Présent aussi bien dans des forêts de résineux que de feuillus, l'Écureuil roux montre une prédilection toute particulière pour les massifs composés d’une grande variété d’essences lui assurant diverses sources de nourriture. Pour s'abriter, l'Écureuil roux construit plusieurs nids, suspendus dans la couronne des arbres (2 à 3, voire plus), à base de branchages, nids pouvant atteindre 50 cm de diamètre. Il lui arrive aussi d'élire domicile dans des cavités ou dans des nichoirs spécialement disposés à son intention. L'Écureuil roux se nourrit principalement de châtaignes, faînes, glands…, mais aussi de graines de résineux, ne dédaignant pas les fruits, à l'occasion les œufs…, voire les petits oiseaux au nid. Les accouplements ont lieu en hiver (décembre à janvier) et au printemps. La gestation dure 5 à 6 semaines : il y a une portée annuelle (rarement deux), composée de 2 à 3 jeunes en moyenne (1 à 6) qui naissent sans poils, sourds et aveugles.
 
Deux menaces principales pèsent sur cette espèce qui, rappelons-le, est protégée depuis 1976 après avoir été considérée pendant longtemps comme une espèce "nuisible" : la destruction des milieux boisés – particulièrement touchés par les activités anthropiques, avec localement des niveaux très élevés de fragmentation de son habitat – et l'introduction d'écureuils exotiques – échappés de captivité, après avoir été vendus comme animaux de compagnie, ou relâchés volontairement – qui entrent en concurrence avec lui et sont également des porteurs sains de maladies inter-transmissibles pouvant lui être fatales.
 
Les individus les plus chanceux peuvent vivre jusqu'à l'âge de 7 ans. En pleine nature, les prédateurs principaux de l'Écureuil roux sont la Martre des pins Martes martes (un petit mustélidé très agile) et l'Autour des palombes Accipiter gentilis (un rapace forestier), tandis qu'en zone urbanisée, il lui faut se méfier du Chat domestique Felis catus.
 
Ces dix dernières années, le centre de sauvegarde du Marais aux Oiseaux a reçu 14 Écureuils roux trouvés mal en point dans la nature (5 ont été victimes de la circulation routière) : 5 seulement ont pu être relâchés.
 
Quelques références parmi d'autres pour en savoir bien plus :
 
Gailledrat (M.) 2011.– Écureuil roux Sciurus vulgaris. In Prévost (O.) & Gailledrat (M.) (Éds), Atlas des Mammifères sauvages du Poitou-Charentes. Cahiers techniques du Poitou-Charentes, Poitou-Charentes Nature, Fontaine-le-Comte.
http://ecureuils.mnhn.fr/sites/default/files/documents/memoire-ecureuil_roux_laguet_ephe_2012.pdf
http://ecureuils.mnhn.fr/sites/default/files/documents/theseannedozieres1.pdf
http://forumdesgestionnaires.espaces-naturels.fr/sites/default/files/2006/images/Chapuis%20Joicey%20Tillon%20Ecureuils-Presentation%202007.pdf
http://www.sfepm.org/pdf/FICHEDESCRIPTIVEEcureuils_MNHN.pdf
 

La "puput" : un si bel oiseau…

Le 27/10/2016 à 12:18
De la taille du Geai des chênes Garrulus glandarius, la Huppe fasciée Upupa epops ne pèse que 60 à 75 g.
Répandue dans les trois-quarts sud du pays, cette espèce migratrice quitte nos contrées dés la fin de l’été pour aller hiverner jusqu’en Afrique du Nord. Si à la mi-février quelques individus peuvent déjà être observés, la plupart ne reviennent qu’en mars. La tête de ce bel oiseau bariolé de roux, de blanc et de noir est ornée d'une huppe roux-orangé – qu’il déploie à loisir selon son inquiétude – et est affublée d’un long bec fin et arqué, aussi ne passe-t-il pas vraiment inaperçu. Son chant aussi est très caractéristique : durant la période de reproduction, le mâle émet un "houpoupoup" plutôt monotone qui lui sert à marquer son territoire.
                                                                                         
La Huppe fasciée s'installe dans les milieux riches en insectes où la végétation est basse ou lâche, voire absente (zones habitées avec parcs et jardins, dunes, pelouses, prairies pâturées…). Son régime alimentaire est très éclectique : principalement des gros invertébrés (coléoptères et des orthoptères ainsi que des escargots, des papillons et leurs chenilles…), parfois des petits vertébrés (amphibiens et lézards). Ce que beaucoup ignorent c'est qu'elle consomme nombre de chrysalides de la Processionnaire du Pin Thaumetopoea pityocampa qu'elle trouve en fouillant le sol.
 
La Huppe fasciée est cavernicole. Son nid a été trouvé à Oléron dans toutes sortes de cavités : arbres creux, nichoirs, trous de mur, vieux tas de pierres ou de collecteurs. Elle s'accommode fort bien de la présence humaine pour peu que cette dernière ne soit pas trop perturbante. La femelle pond 5 à 8 œufs qu'elle seule couve 15 à 18 jours. Le nid de la Huppe fasciée dégage une odeur nauséabonde due à une sécrétion brune émise par la glande du croupion de la femelle et des jeunes. Cette sécrétion – qui vaut à l'espèce son surnom de "puput" (prononcez "pupue") en patois poitevin-saintongeais – aurait pour rôle de repousser les carnassiers.
 
En France, la population nicheuse est estimée comprise entre 60 000 et 110 000 couples pour la période 2009-2012, les densités les plus importantes se situant dans le Centre-Ouest, le Sud-Ouest et le pourtour méditerranéen. L'espèce est considérée en déclin modéré sur la période 1989-2012 avec une remontée des effectifs à partir de 2001. Les données régionales sur la densité de l'espèce sont rares. En 1982, 64 mâles chanteurs ont été recensés à Oléron de la mi-avril à fin mai lors de prospections effectuées sur l'ensemble de l'île par les naturalistes locaux. En 2016, un recensement a été effectué de début avril à début juin par le Pôle-Nature du Marais aux Oiseaux en partenariat avec l'Université du temps libre de Marennes-Oléron (UTLMO). Il a été réalisé à partir d'un réseau de 133 points d'écoute de 10 mn (qui permettra de suivre l'évolution dans le temps de la population insulaire), réseau complété par de nombreuses prospections tous azimuts et une enquête de proximité pour avoir une idée la plus exhaustive possible du nombre de mâles chanteurs : 44 d'entre eux ont été dénombrés, soit un tiers de moins que 34 ans auparavant.
 
Quelques références parmi d'autres pour en savoir bien plus :
 
Géroudet (P.) 2010.– Les Passereaux d'Europe - Tome 1 - Des coucous aux merles. Delachaux et Niestlé, Paris.
Olioso (G.) & Issa (N.) 2015.– Huppe fasciée Upupa epops. In Issa (N.) & Muller (Y.) (Éds) 2015.– Atlas des oiseaux de France métropolitaine. Nidification et présence hivernale. LPO/SEOF/MNHN. Delachaux et Niestlé, Paris.
http://files.biolovision.net/vienne.lpo.fr/userfiles/telechargements/out...
http://www.birdlife.org/datazone/species/factsheet/22682655
http://www.desnichoirsdanslaplaine.fr/site/uploads/pedagogie_plan%20nich...
http://www.faune-charente-maritime.org/index.php?m_id=30026 http://www.oiseaux.net/oiseaux/huppe.fasciee.html
https://inpn.mnhn.fr/docs/cahab/fiches/Huppe-fasciee.pdf
 

"Martin", l’oiseau turquoise…

Le 17/05/2016 à 23:27
À peine de la taille d'un Étourneau sansonnet Sturnus vulgaris, le Martin-pêcheur d'Europe Alcedo atthis mesure 17 à 19,5 cm de longueur pour un poids de 35 à 45 g. Son corps court et trapu est surmonté d'une grosse tête prolongée par un long bec en forme de poignard d'environ 4 cm. Son vol droit et très rapide (10 à 20 m/s) ainsi que son plumage bleu brillant sur le dessus (roux chaud dessous) lui ont valu son surnom de "flèche bleue". En fait, on l'entend plus qu'on ne le voit car il pousse brièvement en vol des cris très stridents, particulièrement reconnaissables : une sorte de "thit" bref et incisif.
 
Le Martin-pêcheur niche dans une grande partie de l'Europe où sa distribution est en partie limitée par l’altitude cet oiseau étant très sensible au froid. La population européenne présente un statut de conservation défavorable. C'est la France, probablement en raison d'un réseau hydrographique dense et de nombreuses zones d’étangs, qui héberge la plus forte population (15 000 à 30 000 couples), mais cette dernière a diminué de plus de 60 % depuis 2001 ! L’espèce souffre de l’assèchement des zones humides, de la destruction des sites de reproduction ou encore de l’eutrophisation des eaux douces due à des pollutions d’origine humaine (à cela se rajoute un taux de survie plus faible lors des hivers rigoureux, le Martin-pêcheur ne pouvant plus se nourrir lorsque l'eau gèle).
 
L'espèce est bien représentée dans le Pays Marennes-Oléron où elle peut être observée toute l'année aussi bien dans les marais salants que dans les marais doux ou en bord de mer. À Oléron, la population nicheuse est estimée à 10-15 couples (base de données du Pôle-Nature du Marais aux Oiseaux).
  
Le nid est le plus souvent un terrier creusé dans une berge abrupte avec un tunnel d'accès pouvant atteindre 1,30 m. Là où le sol est pierreux, le Martin-pêcheur adopte quelquefois un nichoir pour peu qu'il soit bien adapté à ses exigences. La ponte – qui compte 7 œufs en moyenne (4 à 9) – débute dans la deuxième quinzaine de mars. Les couples reproducteurs élèvent fréquemment deux voire trois nichées par an, exceptionnellement jusqu'à quatre !
 
La présence d'eau est indispensable au Martin-pêcheur qui se nourrit essentiellement de petits poissons qu'il capture en pratiquant la pêche en vol stationnaire au-dessus de l'eau ou depuis un poste d'affût (une simple branche, un piquet ou parfois le rétroviseur d'une voiture comme cela arrive parfois le long du plan d'eau du parking d'accueil du Marais aux Oiseaux). Il consomme également, mais en faible quantité, des jeunes batraciens ou encore des lézards ainsi que toutes sortes d'invertébrés aquatiques. Les adultes capturent généralement des poissons de 4 à 7 cm de longueur, les besoins journaliers étant estimés à 20 g par oiseau. Le saviez-vous : tout comme les rapaces, le Martin-pêcheur recrache par le bec ce qu'il n'a pas pu digérer comme par exemple les arêtes de poisson.
 
Quelques références parmi d'autres pour en savoir bien plus :
 
Géroudet (P.) 2010.– Les Passereaux d'Europe - Tome 1 - Des coucous aux merles. Delachaux et Niestlé, Paris.
Olioso (G.) & Issa (N.) 2015.– Martin-Pêcheur d'Europe Alcedo Atthis. In Issa (N.) & MULLER (Y.) (Éds) 2015.– Atlas des oiseaux de France métropolitaine. Nidification et présence hivernale. LPO/SEOF/MNHN. Delachaux et Niestlé, Paris.
http://educatif.eau-et-rivieres.asso.fr/pdf/martin-pecheur.pdf
https://inpn.mnhn.fr/docs/cahab/fiches/Martin-pecheurdeurope.pdf
https://inpn.mnhn.fr/espece/cd_nom/3571
http://vigienature.mnhn.fr/page/martin-pecheur-d-europe
http://www.dailymotion.com/video/xgioj9_martin-pecheur-en-action_animals
http://www.larousse.fr/encyclopedie/vie-sauvage/martin-p%C3%AAcheur/184022

"Commère la Cicogne"

Le 10/12/2015 à 10:46
Qui ne connaît pas ce bel oiseau emblématique des zones humides ? Au fil des siècles, la Cigogne blanche, cicogne en vieux français, Ciconia ciconia de son petit nom latin, a tissé des liens très forts avec l'Homme. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'elle a nourri bien des légendes comme celle d'apporter les bébés dans les foyers… En vol, même de loin, sa taille imposante – 2 m d'envergure pour un poids de 3 à 3,5 kg – et son long cou tendu à l'horizontale (et non pas replié) rendent impossible toute confusion avec les autres grands échassiers familiers de nos marais que sont les aigrettes et autres hérons. Quasiment muette, la Cigogne blanche émet de temps à autre des sifflements ou des chuintements. Pour attirer l'attention, elle a recours, principalement lors de la reproduction, à des claquements de bec très sonores appelés "craquètements".
 
Cette espèce construit son nid en hauteur, sur des cheminées, des clochers, des pylônes électriques ou encore des arbres où plusieurs couples peuvent parfois se côtoyer. Réutilisés année après année, les nids deviennent à la longue très imposants (jusqu'à 2 m de diamètre pour un poids de près de 500 kg) car ils sont systématiquement rechargés en matériaux. En Charente-Maritime, la toute première nidification connue remonte à 1960 (pas de données antérieures pour les 19e et 20e siècles, si ce n'est, au vu des écrits des naturalistes d'alors, la présence d'oiseaux de passage). À partir de 1980, pour venir en aide à l'espèce, de nombreuses plates-formes spécialement aménagées sont posées par le GOAS (Groupe ornithologique Aunis-Saintonge) puis par la LPO (Ligue pour la protection des oiseaux) et quelques particuliers. Dès lors, la population charentaise ne cesse de croître pour atteindre dernièrement plus de 450 couples ! L'espèce niche depuis 2005 sur l'île d'Oléron où 3 couples se sont reproduits en 2015 (7 jeunes à l'envol), tous au Pôle-Nature du Marais aux Oiseaux, au beau milieu d'une héronnière.
 
Dès mars, la femelle pond en moyenne 4 à 5 œufs blancs (7 au maximum). L'incubation dure environ 1 mois. Les deux conjoints se relaient pour couver et élever les jeunes. Ces derniers sont nourris par régurgitation des proies que les adultes capturent généralement non loin du nid, le plus souvent entre 1 et 2 km. En Charente-Maritime, les cigognes se nourrissent essentiellement d’invertébrés (vers de terre, insectes aquatiques, courtilières…) au rang desquels figure en bonne place l’Écrevisse de Louisiane Procambarus clarkii, espèce invasive originaire d'Amérique du Nord. Le reste des proies est constitué principalement de grenouilles et de micromammifères. Le nombre de jeunes à l'envol est de 3 à 4 en moyenne (jusqu'à 6). Il est plus élevé pour les couples situés en plein cœur des marais que pour ceux qui nichent en périphérie. Les premiers envols ont lieu à l'âge de 2 mois.
 
Les données du baguage ont permis de constater que les jeunes reviennent sur leur lieu de naissance à partir de 2 ans et commencent à se reproduire à partir de 3 ans. Plus de 80 % des nicheurs reviennent à leur nid d'une année à l'autre (ce qui favorise la fidélité des conjoints). La longévité moyenne est de 8 ans (record actuel : 39 ans). En Charente-Maritime, la majeure partie des Cigognes blanches nous quittent fin août pour aller hiverner en Espagne et au Sahel occidental.                    
 
Ces 10 dernières années, 29 Cigognes blanches ont été accueillies au centre de sauvegarde du Marais aux Oiseaux. C'est en juin et juillet que les accueils sont les plus nombreux (n = 17). Les deux causes d'accueil les plus fréquentes sont les chocs en vol contre un obstacle (n = 14) et la chute des jeunes hors du nid (n = 10). Au total, 20 Cigognes blanches ont pu être relâchées après parfois 2 mois de soins.
 
Quelques références parmi d'autres pour en savoir bien plus :
 
Étienne (P.) & Caruette (P.) 2002.– La Cigogne blanche. Delachaux et Niestlé, Paris.
http://inpn.mnhn.fr/espece/cd_nom/2517/tab/fiche
http://inpn.mnhn.fr/docs/cahab/fiches/Cigogne-blanche.pdf
http://www.cebc.cnrs.fr/Fidentite/barbraud/cigogne0.htm
http://www.cebc.cnrs.fr/Fthese/PUBLI/Gadenne.pdf
http://www.lpo.fr/les-cigognes-blanches/le-retour-de-la-cigogne-blanche-en-france-et-en-charente-maritime
https://eco2mix.rte-france.com/uploads/Mediatheque_docs/environnement/protection_avifaune/oiseaux_lignes_electriques_bulletin6.pdf
 

Mes respects, "Monsieur le Moyen-duc"…

Le 15/09/2015 à 09:52
Répandu dans les régions tempérées de l'hémisphère Nord, le Hibou moyen-duc Asio otus est sans conteste le plus commun des quatre hiboux que l'on peut rencontrer en Europe, les trois autres espèces étant, dans l'ordre alphabétique, le Grand-duc d'Europe Bubo bubo, le Hibou des marais Asio flammeus et le Petit-duc scops Otus scops. Le Moyen-duc est relativement commun en France où sa population est comprise entre 10 000 et 30 000 couples. Le Hibou moyen-duc est de taille modeste. D'une longueur totale de 35 à 40 cm, pour une envergure variant de 90 à 100 cm, il pèse de 220 à 435 g (la femelle est un peu plus grande que le mâle). Il est aisément reconnaissable, lorsqu'il est posé, à ses yeux orangés et à ses aigrettes érectiles (petites plumes situées au sommet de la tête), appelées à tort "oreilles", longues de 3 à 4 cm, qui se dressent lorsqu'il est en alerte.


Ce hibou fréquente préférentiellement les milieux semi-ouverts des zones rurales où se pratique une agriculture peu intensive. Prairies naturelles ou champs cultivés entrecoupés de bois et bosquets sont ses milieux de prédilection ainsi que les forêts mixtes pour peu qu'elles soient parsemées de clairières. Sa densité peut varier de 10 à 100 couples pour 100 km² en fonction bien entendu du nombre de sites potentiels de nidification, mais surtout de l'abondance des proies. En 2002, 2003 et 2014, afin d'estimer la population oléronaise de Hiboux moyens-ducs, 133 points d'écoute de 2 mn répartis uniformément sur toute l'île ont été réalisés par l'équipe du Marais aux Oiseaux dans les 3 h suivant le coucher du soleil : une première fois de fin mai à début juin puis à nouveau durant la première quinzaine de juillet afin de comptabiliser les nichées précoces et tardives. Ces points d'écoute avaient pour objet de détecter les nichées où au moins un jeune (proche de l'envol ou encore dépendant de ses parents) piaillait au nid pour quémander de la nourriture. Il convient de préciser que le cri des jeunes est très particulier : une sorte de grincement plaintif émis à intervalles réguliers et qui porte à plusieurs centaines de mètres : "pîîye... psîbe…". En l'espace de 2 à 3 h, les jeunes peuvent se manifester jusqu'à 1 000 fois, voire davantage ! Autant dire qu'ils ne passent pas vraiment inaperçus ; il arrive même qu'ils incommodent certains campeurs lorsqu'ils se trouvent non loin d'eux, et pour peu que le chien du voisinage s'en mêle en aboyant pour manifester son inquiétude… 

                                                                                                                                                             
Le Moyen-duc est monogame. Il ne construit pas de nid. Localement, il occupe le plus souvent un ancien nid de corvidé – Pie bavarde Pica pica ou Corneille noire Corvus corone –, plus rarement une ancienne aire de rapace diurne comme l'Épervier d'Europe Accipiter nisus ou encore la Buse variable Buteo buteo. La période de ponte s'échelonne de fin février à fin avril avec un pic en mars. La ponte compte 4 à 6 œufs (jusqu'à 8) que seule la femelle couve durant quatre semaines. Le séjour au nid est d'environ 20 jours : les jeunes se déplacent alors le long des branches environnantes. C'est une période dangereuse pour eux car ils sont malhabiles et tombent parfois au sol où ils sont une proie facile pour les prédateurs terrestres comme le Renard roux Vulpes vulpes. Le nombre de jeunes à l'envol varie de 2,2 à 3,7 en moyenne. Ils deviennent indépendants à l'âge de trois mois. Les plus chanceux peuvent espérer vivre jusqu'à l'âge de 18 ans, mais de nombreux dangers d'origine anthropique ou naturelle les guettent. Ces 10 dernières années, le centre de sauvegarde du Marais aux Oiseaux a reçu 75 Moyens-ducs trouvés en détresse dans la nature. Comme pour bien d'autres rapaces nocturnes, la principale cause d'accueil est la circulation routière (n = 50).

Le Hibou moyen-duc se nourrit essentiellement de micromammifères, principalement de campagnols. À Oléron, l'analyse de 789 pelotes de réjection a permis d'identifier 690 proies dont 631 rongeurs (91,4 %). Les espèces les plus fréquentes sont sans conteste le Campagnol des champs Microtus arvalis (n = 545) et, de façon bien moindre, le Mulot sylvestre Apodemus sylvaticus (n = 74). À noter la présence d'espèces plus rarement capturées comme le Surmulot Rattus norvegicus (n = 7) et le Rat noir Rattus rattus (n = 2). Après la reproduction, les populations du nord de l'Europe migrent parfois sur de grandes distances. En France, le Moyen-duc paraît généralement sédentaire. En hiver, les oiseaux se rassemblent en dortoirs d'autant plus importants que le froid est vif (jusqu'à 100-150 individus). Si la végétation au sol n'est pas trop dense, la présence de nombreuses pelotes de réjection, mais aussi de fientes, trahissent ces regroupements.

Quelques références parmi d'autres pour en savoir bien plus :
 
Déom (P.) 1973.– Mes respects, monsieur le Moyen Duc. La Hulotte des Ardennes (17) : 17-32.
Géroudet (P.) 2013.– Les Rapaces d’Europe - Diurnes et nocturnes. Delachaux et Niestlé, Paris.
http://atlas.vogelwarte.ch/hibou-moyen-duc.html
http://inpn.mnhn.fr/docs/cahab/fiches/Hibou-moyenduc.pdf
http://www.birdlife.ch/de/node/1961
http://www.faune-charente-maritime.org/index.php?m_id=620&y=1&sp_tg=1&tframe=0&action=sp&speciesFilter=&frmSpecies=322&frmDisplay=Affichez     
http://www.oiseaux.net/oiseaux/hibou.moyen-duc.html
http://www7.inra.fr/lecourrier/assets/C45Bourel.pdf
 

L'Épeiche, alias "marteau-piqueur"…

Le 24/06/2015 à 17:12
La famille des picidés compte quelque 200 espèces répandues à travers le monde. De la taille d'un Merle noir Turdus merula, pour un poids compris entre 70 et 100 g, le Pic épeiche Dendrocopos major est sans conteste le plus répandu des pics européens. D'aspect bigarré, il arbore un plumage à dominante noir et blanc avec un bas-ventre rouge vif. Les mâles se distinguent des femelles par la présence d'une tache rouge derrière la nuque. Deux autres espèces de pics nichent dans le Pays Marennes-Oléron : le Pic épeichette Dendrocopos minor qui, comme le suggère son nom, est bien plus petit, et le Pic vert Picus viridis, quasiment deux fois plus gros.
 
Comme d'autres pics, l'Épeiche présente plusieurs adaptations anatomiques liées à son mode de vie forestier : des pattes courtes avec deux doigts dirigés vers l'arrière et deux vers l'avant ainsi que des rectrices – les plumes de la queue – très rigides pour prendre appui contre le tronc des arbres, un bec servant à la fois de ciseau à bois et d'outil de percussion pour marquer son territoire en tambourinant avec vigueur, à intervalles réguliers, sur une branche morte sèche ou tout autre support pouvant faire office de caisse de résonance… Des adaptations complexes au niveau du crâne permettent à l'Épeiche de rester "piqueur" sans devenir "marteau", sachant qu'à chaque fois qu'il tambourine, il donne 5 à 20 coups de bec en 0,6 seconde en moyenne !
 
Le régime alimentaire de ce pic est très éclectique : principalement des larves de coléoptères et de papillons, mais aussi des insectes de toutes sortes (des fourmis aux sauterelles en passant par des guêpes…) ainsi que des œufs et oisillons de passereaux divers. C'est aussi un grand amateur de graines durant la saison hivernale. À ce propos, nombre de guides décrivent les "forges" utilisées dans les pays nordiques, le plus souvent des crevasses dans le tronc des arbres, où l'Épeiche vient coincer les cônes de conifères, par exemple ceux de l'Épicéa commun Picea abies qu'au préalable il a détachés de leur support, afin d'en extraire les graines. Dans notre région, les cônes du Pin maritime Pinus pinaster sont, quant à eux, bien trop lourds pour qu'il puisse les transporter, aussi l'Épeiche procède-t-il autrement : il les décortique sur place en faisant 1 à 2, rarement 3 entailles de près de 2 cm de largeur, sur quasiment toute leur longueur (cf. photo jointe).

Selon une étude réalisée de 1980 à 1984 par l'auteur de ces quelques lignes, la densité du Pic épeiche est en moyenne de 5 couples nicheurs aux 100 ha en forêt domaniale de Saint-Trojan-les-Bains (où les essences dominantes sont le Pin maritime et le Chêne vert Quercus ilex). Dans cette même forêt, le suivi de 144 nids a permis de déterminer que c'est principalement fin avril et début mai que la femelle dépose 2 à 8 œufs (5 en moyenne) dans une ancienne cavité, appelée loge, située de 2 à 8 m du sol, généralement dans un arbre mort, à moins qu'une nouvelle cavité ne soit creusée pour l'occasion… Les loges inoccupées serviront de sites de nidification à bien d'autres passereaux cavernicoles comme la Mésange charbonnière Parus major !
 
Lorsqu'ils quittent le nid, les jeunes pics – en moyenne 2 à 3 par nichée réussie – doivent être vigilants car ce sont des proies faciles, notamment pour deux rapaces forestiers : l'Autour des palombes Accipiter gentilis et l'Épervier d'Europe Accipiter nisus. La durée de vie maximum relevée dans la nature est d'au moins 13 ans, mais bien peu d'individus atteignent cet âge canonique ! Le Pic épeiche est rarement mentionné dans les registres du centre de sauvegarde du Marais aux Oiseaux : seulement 10 individus accueillis ces 10 dernières années dont 3 victimes de la circulation routière.
 
Quelques références parmi d'autres pour en savoir bien plus :

Géroudet (P.) 2010.– Les Passereaux d'Europe - Tome 1 - Des coucous aux merles. Delachaux et Niestlé, Paris.
http://documents.irevues.inist.fr/bitstream/handle/2042/5009/513_524.pdf...
http://ibc.lynxeds.com/species/great-spotted-woodpecker-dendrocopos-major
http://vigienature.mnhn.fr/page/pic-epeiche
http://www.attiredailes.be/Ornithologie/pics/tambourinages.html
http://www.larousse.fr/encyclopedie/vie-sauvage/pic_%C3%A9peiche/184860
http://www.ornithomedia.com/pratique/debuter/pourquoi-pics-ont-ils-pas-m...
http://www.wsl.ch/dienstleistungen/publikationen/pdf/7103.pdf
 

​Le Bihoreau gris ou "corbeau de nuit"

Le 20/01/2015 à 21:43
D'apparence trapue, court sur pattes, manteau gris et dossard noir (dessus brun terreux parsemé de stries jaunâtres chez les immatures), la tête engoncée dans les épaules, le Bihoreau gris Nycticorax nycticorax a une allure vraiment très caractéristique. Ce petit héron cosmopolite – on le retrouve dans de nombreuses parties du monde – doit son surnom aux croassements graves et sonores qu'il pousse le plus souvent en vol, au crépuscule et à l'aube, son activité étant réduite durant la journée. Le Bihoreau ne pèse que 500 à 600 g en moyenne, soit trois fois moins que son "grand frère", le Héron cendré Ardea cinerea. Il fréquente de préférence les abords des cours d’eau, mais également les étangs peu profonds et les marais doux.
 
​Le régime alimentaire de cet oiseau est très éclectique. Adepte de l’affût, il capture le plus souvent des insectes aquatiques, des amphibiens et leurs têtards ainsi que toutes sortes de petits poissons. Il consomme également, mais en moindre quantité, des crustacés, des reptiles, des jeunes oiseaux et même des micromammifères.
 
Fidèle à son site de reproduction, l’espèce niche en colonies, monospécifiques ou mixtes (par exemple avec des Aigrettes garzettes Egretta garzetta), dans des bois inondés ou humides, voire dans des roselières. Constitué de branchettes, le nid est généralement construit entre 2 et 5 m de hauteur. La ponte compte le plus souvent 3 ou 4 œufs déposés entre fin mars et début juillet. Dans l'île d'Oléron, le Pôle-Nature du Marais aux Oiseaux abrite l'une des plus belles colonies de Poitou-Charentes (22 couples reproducteurs en 2014 avec plus de 70 individus recensés l'automne suivant), colonie qui s'est installée au début des années 1980, mais qui ne s'est réellement développée qu'à partir de 2000. Bien que migratrice, l’espèce hiverne de plus en plus régulièrement en France : au Pôle-Nature du Marais aux Oiseaux, 52 individus ont été décomptés à la mi-janvier 2014.
 

 
Quelques références parmi d'autres pour en savoir bien plus :

http://inpn.mnhn.fr/docs/cahab/fiches/Bihoreau-gris.pdf
http://marais-seudre-brouage-oleron.n2000.fr
http://www.faune-charente-maritime.org/index.php?m_id=300&sp_tg=1&action=map&zid=1&sid=36 http://www.oiseaux.net/oiseaux/bihoreau.gris.html

Qui n'a jamais vu un "cochon des haies" ?

Le 31/10/2014 à 11:57
Plutôt énigmatique au premier abord, ce surnom est en fait la traduction littérale du nom donné par nos amis anglais – Hedgehog – au Hérisson d'Europe Erinaceus europaeus parce que son museau ressemble un peu au groin du cochon et qu'il fréquente volontiers les haies. Noté par les naturalistes locaux comme très commun en Poitou-Charentes, le Hérisson est présent dans les quatre îles de la Charente-Maritime : Oléron, Ré, Aix et Madame.
 
Avant tout nocturne, c'est au crépuscule et à l'aube que le Hérisson est le plus actif. En dehors de la période d'hibernation, il dort les trois-quarts de son temps ! Il se gratte aussi beaucoup… C'est un vrai sac à puces : il peut y en avoir jusqu'à 500 sur un même animal ! Son odorat est excellent tout comme son ouïe. En revanche, sa vue est médiocre. Sa meilleure défense face aux prédateurs : les quelque 5 000 piquants dont il est doté (voire plus de 7 500 chez les sujets les plus gros).
 
Un Hérisson adulte pèse généralement 450 à 700 g. Son régime alimentaire se compose principalement d'invertébrés de toutes sortes, mais aussi de petits vertébrés et, de temps à autre, d'éléments d’origine végétale. En milieu urbain, il ne dédaigne pas non plus les gamelles des animaux domestiques ! En automne, le Hérisson s'efforce d'augmenter le plus possible ses réserves de graisse, doublant parfois son poids en l'espace de deux semaines, pour faire face à l'hibernation.
 
Un Hérisson très chanceux peut vivre jusqu'à 10 ans, mais l'espérance de vie moyenne est de l'ordre de seulement 2-3 ans. Au hit-parade des facteurs mettant sa vie en péril : les pesticides et la circulation routière. À elles seules, ces deux causes anthropiques seraient responsables de la mort d'un individu sur deux !
 
Face à un Hérisson mal en point, il convient de contacter le centre de sauvegarde de la faune sauvage le plus proche afin de connaître la démarche à suivre car un individu trouvé en pleine journée n'est pas forcément mal en point. Ces 5 dernières années, 80 Hérissons en détresse ont été pris en charge par le centre de sauvegarde du Marais aux Oiseaux : malgré les soins prodigués, 23 d'entre eux sont morts des suites de leurs mésaventures dans les 24 heures suivant leur arrivée. Au total, 45 Hérissons ont pu être relâchés après être passés, pour les plus jeunes d'entre eux, dans un enclos de réadaptation à la vie sauvage où ils sont restés 2 à 3 semaines.
 
Quelques références parmi d'autres pour en savoir bien plus :
 
Albouy (V.) & Devincvk (M.-D.) 2006.– Le hérisson. Belin, Paris.
Déom (P.) 1999.– Le Hérisson. La Hulotte (77) : 1-52.
Jourde (P.) 2008.– Le hérisson d'Europe. Delachaux et Niestlé, Paris.
Morris (P.) & Berthoud (G.) 1987.– La vie du hérisson. Delachaux et Niestlé, Paris.
http://herisson.fne.asso.fr
http://herissons.chez.com  
http://lahulotte.fr

Le Scops : "qu'é t'ô qu'ô l'é qu'thieu" ?

Le 04/03/2014 à 11:56
© C. BAVOUXSous le diminutif de Scops se cache un hibou – le Petit-duc scops Otus scops – qui vit principalement dans le sud de l'Europe, dans le nord-ouest de l'Afrique, ainsi qu'en Asie, jusqu'en Sibérie occidentale. Un peu moins gros qu'un merle, c'est sans conteste le plus petit des cinq rapaces nocturnes qui nichent dans le Pays Marennes-Oléron. C'est aussi le seul d'entre eux à se nourrir quasi exclusivement d'insectes, surtout de sauterelles, de papillons nocturnes, mais aussi de phasmes. Autre particularité, le Scops est un migrateur au long cours qui va jusqu'en Afrique tropicale (un oiseau né en 1986 sur la commune de Saint-Georges-d'Oléron a été retrouvé mort l'année suivante en Côte-d'Ivoire).

À Oléron où il est étudié depuis plus de 30 ans, le Scops se porte apparemment bien : en 2012, 300 mâles chanteurs ont été recensés contre seulement 46 à 60 de 1981 à 1990. Les lieux les plus fréquentés sont sans conteste les bois de feuillus entrecoupés de clairières comme ceux de la Martière, d'Anga, ou encore de la Guinalière. Il serait surprenant que vous ne l'y entendiez pas lors des chaudes soirées estivales… D'autant que son chant – une sorte de "thiou" répété inlassablement à intervalles réguliers de 2 à 4 secondes – est très facilement reconnaissable.


La vitalité apparente de la population oléronaise ne doit pas faire illusion car en bien des régions le Scops est considéré en régression. Les principales causes invoquées sont l'arrachage des haies et des bosquets qui le prive de sites potentiels de nidification et la diminution des gros insectes dont il se nourrit suite à l'utilisation massive de produits phytosanitaires.

Quelques références parmi d'autres pour en savoir bien plus :

Géroudet (P.) 2013.- Les Rapaces d’Europe - Diurnes et nocturnes. Delachaux et Niestlé, Paris.
http://www.oleron-nature-culture.com/fileadmin/vie_locale/communes/nieulle/Marais_aux_Oiseaux/Petit-duc_scops_distribution_spatiale_Oleron_Alauda_2011.pdf
https://inpn.mnhn.fr/docs/cahab/fiches/Petit-ducscops.pdf

 

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